Irénée Régnauld
La sommation technologique
au temps des catastrophes
Les acteurs étasuniens de la tech concentrent à ce point l’attention médiatique qu’on en omettrait presque d’ausculter la France, où s’affirment pourtant des forces décidées à faire de la puissance technologique un projet autoritaire. Des think tanks aux fonds d’investissement, le projet « techno-fasciste » prend racine en France sur un terreau rendu fertile par plusieurs décennies de durcissement sécuritaire, d’extension de la surveillance numérique et de mise sous contrôle des populations désignées comme menace.
Les mouvements de contestation, malgré leur vitalité, n’ont jusqu’ici arraché que des gains partiels, tandis que les controverses publiques sur les sujets technologiques demeurent très en deçà de l’ampleur des bascules en cours. D’où la nécessité, avant d’affronter la question décisive – que doit faire la gauche pour résister à la sommation technologique ? –, de défaire les impasses stratégiques où une part de la technocritique s’est laissée enfermer, afin de rouvrir la possibilité d’une maîtrise démocratique des choix technologiques.