Essais sur Brecht

15,00

8,49

Sortie : 1 septembre 2003

216 pages

ISBN : 2-913372-29-5

Walter Benjamin

Essais sur Brecht

Traduit de l'allemand par Philippe Ivernel

Sous ce titre ont été publiés en 1966, aux Éditions Suhrkamp, un certain nombre d’écrits de Walter Benjamin réunis par Rolf Tiedemann. Ils abordent entre autres la théorie du théâtre épique, la conception du Roman de Quat’sous, l’interprétation d’un choix de poèmes significatifs et ils posent la question de «l’auteur comme producteur» en termes quasiment programmatiques . Pour compléter, des fragments de journal consignent les entretiens entre Benjamin et Brecht à Svendborg en 1934 et 1938. Une traduction française de ce premier ensemble, assurée par Paul Laveau, a paru chez Maspero en 1969. Elle est depuis longtemps épuisée, tandis qu’en Allemagne le petit livre – rouge dans sa teneur – a connu plusieurs rééditions successives. Celle de 1978, qui fait référence aujourd’hui, comporte des adjonctions notables: Bertold Brecht (un portrait inaugural, de 1930), Théâtre et radio (le noyau d’une réflexion théorique sur le théâtre et les moyens de reproduction technique), une douzaine de lettres échelonnées de 1931 à 1936, un journal consignant les conversations du Lavandou, trois ans avant les premiers entretiens de Svendborg .

La nouvelle traduction française des Essais sur Brecht se tient à l’édition allemande ainsi augmentée. Elle reprend également la postface qui l’éclaire. Rolf Tiedemann y mentionne en particulier que ces textes apparemment dispersés se trouvaient sans doute destinés, dans l’esprit de leur auteur, à nourrir un projet englobant, provisoirement appelé le «Brecht – Kommentar». La forme du commentaire est justement celle qui rend le mieux compte de la démarche ici adoptée par Benjamin, une démarche sobre et rigoureuse, à vrai dire aux antipodes de l’essayisme.
Benjamin s’en explique dans sa lecture des poèmes de Brecht ; il souligne le paradoxe qu’il y a trop évidemment à traiter une œuvre subversive, défiant l’autorité, comme on traite d’ordinaire une œuvre classique, faisant autorité, donc imposant le respect. Cela dit, à travers l’attitude qui est celle du commentateur transparaît un rapport autre, de synergie, entre la pensée-Benjamin et la pensée-Brecht , en ces années de crise aigüe que sont les années trente. Ainsi, lorsque l’auteur de la thèse sur le «Trauerspiel» baroque trouve de ce côté, par excellence non classique, une ascendance au théâtre épique, ou que dans ce dernier, il met au premier rang la portée du geste, et surtout du geste inapparent, infinitésimal, incommensurable, ne se situant pas dans la ligne de l’attente. Symétriquement, on voit Brecht recouper, avec le Procès de Quat’sous, la critique benjaminienne de l’aura, quand il rejette l’œuvre d’art organique à effet «irradiant». Benjamin, en retour, insiste sur l’actualité du théâtre épique en le montrant étroitement lié aux lois du montage, et de ce fait compatible avec les impératifs de la reproductibilité technique.

Les Essais de Benjamin sur Brecht – un terme que l’on prendra dès lors au sens expérimental – peuvent se lire comme un utile souvenir de la culture antifasciste des années trente, mais aussi comme une réflexion en mouvement, toujours à relancer en ces temps d’une modernité à définir plus que jamais comme crise – et comme crise mondiale.

Walter Benjamin

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