16,00 €
Sortie : 19 février 2027
232 pages
ISBN : 9782358723411
Julien Jeusette
Claustropolis
Le rêve d’un monde sans dehors
Rencontres
Julien Jeusette à la librairie l’Atelier (Paris)
Julien Jeusette à la librairie Ombres Blanches (Toulouse)
Au fil des deux derniers siècles, nous sommes devenus des créatures d’intérieur – des êtres qui passent l’essentiel de leur existence dans des espaces clos. Ce livre défend une thèse simple : le repli à l’intérieur est l’une des conditions de la crise écologique.
À rebours du récit dominant de la modernité comme une époque de mobilité et de vitesse, Claustropolis retrace l’histoire du processus d’intérieurisation. Des appartements bourgeois du xixe siècle aux centres commerciaux climatisés, des maisons connectées aux projets de dômes sur Mars, les sociétés occidentales se retranchent progressivement dans des environnements fermés, toujours plus étanches et autonomes. En croisant histoire de l’architecture et des techniques, analyse d’œuvres d’art et de récits fictionnels, les différents chapitres montrent comment se sont développés les dispositifs, les imaginaires et les affects qui nous isolent du dehors.
Cette histoire commence dans les métropoles européennes du xixe siècle. Le raccordement des bâtiments aux réseaux d’eau, de gaz et d’assainissement réduit la nécessité de sortir, tandis que l’invention du terrarium et de l’aquarium inaugure le rêve d’écosystèmes artificiels autosuffisants. Au xxe siècle, l’intérieurisation s’accélère avec, notamment, le modernisme architectural, l’électrification des foyers et la généralisation des environnements intérieurs contrôlés. Aujourd’hui, ce modèle d’habitat, diffusé à l’échelle mondiale, nourrit le fantasme d’une séparation toujours plus complète du dehors. Les bunkers de luxe, les mégastructures climatisées et les projets de colonisation spatiale en constituent les manifestations les plus spectaculaires.
L’intérieur moderne ne transforme pas seule-ment nos manières d’habiter : il modifie aussi notre rapport au monde. L’eau, l’énergie et les marchandises semblent nous parvenir sans effort ni média-tion, tandis que les infrastructures, les processus d’extraction et les formes de vie qui rendent cette abondance possible disparaissent de notre champ d’expérience. Le monde apparaît comme une réserve de ressources toujours disponibles.
Le livre propose ainsi une lecture originale de l’Anthropocène : plus l’habitat se rêve autonome et séparé du dehors, plus la Terre devient inhabitable.
Julien Jeusette
Julien Jeusette est directeur de programme de recherche au centre Käte Hamburger CURE (Université de la Sarre). Ses recherches portent notamment sur la théorie critique, l’his-toire culturelle et les rapports entre littérature et politique. Il traduit également de l’anglais et de l’allemand.